Peut-on avoir du volume sans force ?

Voulume sans force

« Bonjour, j'ai regardé un reportage à la TV où ils montraient que bien que plus musclé, le culturiste était moins fort que l'haltérophile. Comment est-ce possible ? Peut-on avoir du volume sans force ? Pourtant, Ronnie Coleman qui était Mr Olympia soulève des charges vraiment monstrueuses ! »

Cette question va certainement en surprendre plus d’un. Mais effectivement, et dès l’introduction je vais vous répondre oui !
L’haltérophile est bien plus fort (dans les mouvements qu’il réalise ; à savoir l’arracher, l’épaulé et donc de paire en ½ Squat, rowing, et soulever de Terre) que le culturiste.

Vous allez me dire, houlà, doucement, il suffit de comparer ces deux photos (le culturiste à gauche et l’haltérophile à droite) pour comprendre que l’un étant plus musclé que l’autre, il est donc logiquement beaucoup plus fort…

Déjà, vu l’hypertrophie des trapèzes et des deltoïdes de notre cher culturiste, (ainsi qu’au regard de sa posture) il lui serait impossible de tenir la même position (en fin d’arracher) que cet haltérophile. Certes, ce n’est pas une raison expliquant ce manque de force car bons nombres de bodybuilders arrivent à conserver une souplesse suffisante. En revanche, ce « gros » monsieur sur la photo, c’est clair que non.

Passons à présent aux explications…
Déjà, pour rendre à César ce qui lui appartient, oui c’est vrai, la force maximale isométrique dépend en très grande partie de la surface de section d’un muscle. Autrement dit, un muscle plus « gros » sera capable de maintenir une position articulaire plus longtemps qu’un muscle peu développé. La force isométrique totale développée par un muscle est proportionnelle à sa surface de section.
Cependant, vous conviendrez que cet objectif n’est pas vraiment un but en soi. Nos activités physiques étant en majeure partie de type dynamiques.

Pour résumer assez simplement en quoi dépend la force d’un muscle, je vais seulement les énumérer en 1er lieu :

  • La surface de section physiologique du muscle (PCSA).
  • La longueur des fibres musculaires.
  • La typologie musculaire (% de fibres rapides / lentes).
  • La coordination (inter et intra musculaire) = capacité à recruter un certain nombre d’unité motrice en un minimum de temps.
  • La synchronisation des unités motrices.

Les 3 premiers facteurs cités dépendent de mécanismes structuraux et les 2 suivants, de mécanismes nerveux.
Pour faire court, le bodybuilder ne travaille que ses facteurs mécanismes structuraux. Il développe ainsi sa PCSA (en augmentant la taille, le nombre de ses myofibrilles ainsi que son volume sanguin et de tissu conjonctif) ce qui est appréciable pour développer sa force, certes, vu qu’elle en dépend.
Cependant, en ne travaillant que de petites portions musculaires et en réalisant de longues séries, il diminue de fait sa longueur de fibres musculaires et il tend à développer davantage de fibres lentes. Pourtant, pour être fort, un pourcentage important de fibres rapides est indispensable. Cette caractéristique est déjà fortement reliée à la génétique alors inutile d’en rajouter une couche en s’entraînant plus en endurance de force, qu’en force maximale…

La courbe rouge correspond à un profil musculaire à fort pourcentage en fibres rapides. Celle en noire, correspond plus à un profil musculaire de bodybuilder. Pour une même vitesse d’exécution, l’haltérophile est plus fort.

En résumé, ne réaliser que des séries longues (10*10 à 65%) en Squat va effectivement vous permettre d’acquérir un volume musculaire important, mais jamais vous ne deviendrez significativement plus fort qu’en début d’entraînement. Vous augmenterez peut être votre 1 RM de quelques dizaines de kilos à force, mais ce n’est pas ce genre d’entraînement (et uniquement avec ce genre d’entraînement) qui vous permettra d’atteindre une force maximale impressionnante.
A titre d’exemple voici encore deux images très parlante sur la force maximale développée en ½ Squat sur Presse guidée.

A gauche, Christophe Lemaître, champion du monde Junior du 200m s’entraînant principalement en force maximale (excentrique…), en bondissements (pliométrie) pour ne pas prendre de masse musculaire développe 320 Kg en ½ Squat mais ne présente pourtant pas un physique de culturiste des quadriceps…
En revanche, si la musculature d’un bodybuilder (à droite) est plus parlante qu’une planche anatomique pour différencier toutes les portions d’un quadriceps, je doute qu’il soit aussi fort.

En conclusion générale, je dirai que si vous souhaitez augmenter votre force maximale, n’oubliez jamais de travailler avec des charges lourdes, peu de répétitions, de vous essayer à autre chose que du concentrique pure sur une portion restreinte du muscle. De manière générale, il est beaucoup plus pertinent de réaliser un mouvement dans son amplitude maximale.

Vos facteurs nerveux ne s’amélioreront jamais en ne faisant que du 10*10, et cela, c’est certain !

Si vous connaissez Ronnie Coleman comme étant à la fois culturiste et capable de soulever des charges monstrueuses, n’oubliez pas que son travail de musculation s’orientait au tout début largement en force maximale.

Il était en effet « powerlifter » avant de devenir le Mr Olympia que vous devez connaître.
Autrement dit, il n’a pas du et ne doit toujours pas faire que du 10*10…
Evidemment, pour un néophyte de la musculation (que vous ne devez plus être à présent), il parait plus impressionnant qu’un « simple » haltérophile de 70 Kg arrachant pourtant largement 2 fois son poids…et c’est là toute l’erreur.

A propos de l'Auteur

Romain Borrini, coach sportif et masseur sur la région lyonnaise. Ancien athlète de haut niveau et entraineur diplômé d'une Maîtrise STAPS. Propose du coaching.

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