La vérité à propos de Jonah Lomu

Jonah Lomu créatine

Voici un sujet qui fait grand bruit actuellement : la mort de Jonah Lomu. A cette occasion, on peut lire un tas d'énormités sur ce qui aurait causé son décès et notamment que la créatine serait la fautive. Mieux vaut faire un point pour rétablir quelques vérités et éviter de tomber dans le slogan scandaleux « la créatine tue », que nous servent tant d'autres sites.

La créatine : un produit dopant qui tue ?

Dernièrement, avec la mort de Jonah Lomu, la créatine a encore une fois été accusée d'avoir tué un athlète. Évidemment, les médias et les réseaux sociaux se sont empressés d'accentuer le scandale. Ainsi, on a pu lire que la créatine avait aggravé la maladie de Lomu, mais on a aussi pu lire, carrément, que c'était la prise de créatine qui l'avait tué. On a également pu lire que la créatine était un produit dopant.

Alors tout d'abord, non, la créatine n'est pas un produit dopant. Vous pouvez vérifier sur la liste des produits dopants, vous ne la trouverez pas. C'est seulement un complément alimentaire, tout comme les protéines en poudre, qui peut améliorer légèrement les performances sportives et donc aider à construire de la masse musculaire. Rien à voir avec les vrais produits dopants, qui ont, eux, des effets extrêmement puissants et présentent de véritables dangers.

Ensuite, la créatine a-t-elle pu aggraver ou provoquer la mort de Jonah Lomu ? Avant de répondre, il faut savoir que Lomu avait un syndrome néphrotique. Il avait des problèmes de reins et il attendait une transplantation. C'est cela qui l'a tué. Pourtant, il continuait à s'entraîner, ce qui n'a pas dû aider.

Rugby Lomu

Dopage et syndrome néphrotique

Le battage médiatique qui entoure sa mort semble ignorer une question importante : comment a-t-il développé ses problèmes médicaux ? Que peut-on en apprendre pour éviter que cela ne se reproduise ?

Jonah Lomu a été diagnostiqué du syndrome néphrotique en 1995. Ce syndrome se caractérise par une protéinurie, une hypo albuminémie et des œdèmes. Il a continué à jouer malgré sa maladie, même s'il a occasionnellement pris du temps pour se soigner. Il a reçu une transplantation du rein en 2004, suivie d’un rejet quelques années plus tard, en 2011. Il était de nouveau sur liste d'attente pour recevoir un second rein lorsqu'il est mort, âgé de 40 ans, le 18 novembre 2015.

L'ailier des All Black Joeli Vidiri souffre aussi d'un syndrome néphrotique. Or, ce syndrome touche 3 personnes sur 100 000 chaque année, c'est donc très rare. Chez les All Blacks, ce sont 2 ailiers sur 2 qui ont été touchés. Cela commence à faire beaucoup.

Cela n'est pas sans rappeler la biographie de l'ancien directeur marketing du NZRU, Jack Ralston, qui dit : « Les gens vont peut-être avoir une surprise mais je connais au moins 2 All blacks qui ont pris des stéroïdes dans les années 90. Au moins deux d'entre eux m'ont confié qu'ils ont craqué devant la pression. Pour être à la hauteur… » Peut-on y voir un lien ?

Joel Vidiri

Nous étions jeunes, désespérés d’atteindre notre objectif et de briller, nous étions prêts à faire n’importe quoi pour faire carrière dans le rugby – Joel Vidiri (ancien ailier international).

Ce n'est pas un secret, de nombreux athlètes utilisent des stéroïdes anabolisants pour améliorer leurs performances. Et les joueurs de rugby ne sont pas en reste, loin de là. Pour l'exemple, 15 des 43 athlètes et entraîneurs bannis par la liste anti-dopage du Royaume-Uni proviennent du rugby. Les joueurs en question sont en majorité des juniors. Or, si les juniors de 85 kilos se dopent, il y a de quoi s'inquiéter pour les joueurs adultes de 130 kilos, dont le salaire dépend directement de leurs performances…

Si l'on se réfère à des publications scientifiques, comme celle du Journal of the American Society of Nephrology, il semble y avoir un lien direct entre dopage et syndrome néphrotique. Par exemple, en 2010, l'une de ces publications a signalé que, sur 10 bodybuilders utilisant des stéroïdes, 3 avaient un syndrome néphrotique et 2 avaient des problèmes d'ordre néphrotique. Cela représente tout de même 50 % du groupe, alors que ce syndrome est censé être rare.

La créatine n'est pas fautive !

De deux choses l'une, soit Lomu a développé un syndrome néphrotique à cause du dopage, soit sa maladie était congénitale. Dans les deux cas, la créatine n'est pas la cause directe de sa mort. Évidemment, en prendre n'a pas aidé car, dans ce genre de cas, mieux vaut alléger le travail des reins, qui sont déjà affaiblis. Selon Vidiri, Lomu aurait pris de la créatine même après avoir appris sa maladie en 1995…

C'est comme si on vous diagnostiquait une intolérance à un aliment. Si vous continuez à consommer cet aliment, vous mettez forcément votre santé en danger. Cela veut-il dire que tout le monde doit arrêter de consommer cet aliment ? Évidemment non.

Pour une personne saine, dont les reins sont en bonne santé, prendre une dose « normale » de créatine ne présente pas de dangers. De toutes les études qui ont été faites sur le sujet, aucune n'a pu démontrer d'effets négatifs sur la santé, à des doses modérées. Bien sûr, si vous prenez 200 grammes de créatine par jour, comme certains semblent le faire, il ne faudra pas s'étonner le jour où vous aurez des problèmes.

Le cas de Jonah Lomu devrait servir de sonnette d'alarme pour les athlètes et les autorités anti-dopage. Plutôt que de créer et d'alimenter un faux scandale autour de la créatine, mieux vaudrait être honnête et reconnaître que le dopage est un problème dans le sport, et qu'il met la vie des athlètes en danger.

RIP Jonah Lomu

De plus, la pression sur les athlètes n'est-elle pas trop forte ? Si forte que des joueurs malades continuent à s'entraîner au prix de leur vie ?

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