Eijit a écrit:Est-ce la seule raison? Serait-il dangereux de laisser ce texte se balader librement sur internet, véhiculant ses idées, quitte à ne plus savoir enfin qui l'a écrit?
Oui et pour deux raisons :
- élaborer un texte, c'est travailler, c'est donc créer de la valeur. L'oubli de l'auteur, c'est le nivellement, c'est une des origines de l'indifférenciation et donc une perte d'éléments pour comprendre, hiérarchiser, évoluer à partir de cet écrit.
L'oubli de l'auteur, c'est donner à toute personne n'ayant pas fait l'effort de recherche la possibilité (tentation) de s'attribuer la paternité d'un travail et d'une recherche.
Signaler l'auteur, c'est mettre une distance entre soi et l'écrit cité, c'est un facteur de progrès personnel (humilité, acceptation de ses limites passées, présentes, futures ou transitoires).
- lorsque l'on est soumis à une forte pression de détracteurs, ceux-ci sont plus que tentés de diluer votre oeuvre afin de vous éliminer en vous diluant dans le flot du bavardage en flux constant sur le net. Cela s'est fait pour moi, et cela continue (je le constate régulièrement), mais à une échelle raisonnable car la crainte les bride.
Attention ! Comme les libertaires ont donné (en 20 ans seulement) les ultra-libéraux, la volonté de "progresser" en laissant "librement" circuler les connaissances (au dépens de ceux qui les ont créées et aux profits des publicitaires et multinationales, rappelons-le), oublie malheureusement que l'homme est foncièrement bête et qu'il doit être responsabilisé pour, justement... progresser.
Reconnaître la valeur de l'apport d'un ne nos semblables, en le citant et en le rémunérant pour cela, est un important facteur de responsabilisation, de culture de l'empathie et du respect. Donc, une voie plus sûre vers la (re)création du collectif, et un éloignement de ce qui gangrène nos sociétés actuelles : l'ultra-individualisme.
Le paradoxe étant que pour lutter contre l'ultra-individualisme, il faut valoriser la création de tout individu (et non pas - ce qui est à l'exact opposé- valoriser seulement l'individu)
C'est une erreur de croire que l'égo motiverait seul le créateur qui voudrait voir son nom cité, alors que l'égo de ceux qui veulent s'approprier ce qu'ils n'ont point créé est en la matière beaucoup plus fort : ils veulent jouir de la valeur, se l'attribuer, sans avoir participé à sa construction... et aussi (beaucoup) ne pas souffrir de l'ascendant de celui dont la tête dépasse du rang.
Je renvoie pour cela au texte sur le MOI JE sur mon blog.
Dans le courant "libertaire" qui s'exprime à loisir sur le net, je vois de la naïveté, de l'irresponsabilité, de l'égocentrisme et, ô paradoxe, le comportement qu'ils prétendent dénoncer et contre lequel ils se disent en lutte : le bêlement moutonnier du consommateur.
Ce sont seulement des consommateurs béats qui luttent essentiellement contre ceux qui les empêchent de jouir sans discontinuer et qui sont donc des adversaires.
Il n'y a aucun concept valable, aucun fondement sérieux dans leur démarche. Il s'agit juste de piocher dans une lecture superficielle d'homme de gauche les appuis intellectuels à une action de prédation désordonnée (encore un paradoxe généré par le besoin de se justifier).
Pour ne plus être un consommateur benêt, il faut savoir exercer son esprit critique. Pour cela, il faut se cultiver, hiérarchiser, prendre le temps de comprendre la création d'autrui et penser sa valeur. Il faut de l'ordre.
Oublier qui a écrit, c'est oublier d'où l'on vient, c'est se situer dans un présent de jouissance sans médiation, tel que le ressent un bébé où le monde se ramène à son existence. C'est donc favoriser l'entropie dans une lutte chaotique car le monde n'est pas soi.